Lettre ouverte des salarié(e)s de l’ARAR à tous les décideurs politiques de La Réunion : « nos vies ou leurs profits ? »

3 min de lecture
4

« Nous, personnels de l’Association Réunionnaise d’Assistance Respiratoire (ARAR), prenons la parole. Non pas pour polémiquer, mais pour témoigner d’une urgence sociale et morale. Depuis des mois, nous voyons se dessiner, dans le silence, une transformation profonde de notre association et, à travers elle, du modèle même du soin réunionnais.Derrière les décisions administratives, il y a des vies, des familles, et un territoire entier qui risquent d’être fragilisés.

Une convention qui change tout. Le 10 juin 2025, une convention de mandat de gestion a été signée entre l’ARAR et l’AURAR. Ce texte transfère à cette dernière la gestion intégrale de notre association, dans la perspective d’une fusion-absorption ». Ni assemblée générale, ni consultation du personnel, ni communication officielle.

Une signature qui engage pourtant l’avenir de centaines de familles réunionnaises. Sous couvert de gestion, c’est une fusion de fait. Et derrière la fusion, c’est une prise de contrôle silencieuse du soin local. Des salariés qui tiennent, dans une île qui souffre

À La Réunion, nous savons ce que signifie la fragilité. 17% de chômage. Un coût de la vie qui étrangle les foyers modestes. Des jeunes en attente d’avenir. Et, chaque mois, des familles qui comptent sur un seul salaire pour tenir.

Nous, salariés de l’ARAR, faisons partie de ces familles. Nous accompagnons les malades, les personnes âgées, les familles en difficulté. Et nous le faisons avec foi, avec humanité, avec attachement à notre territoire.

Mais aujourd’hui, nos emplois et donc nos foyers sont menacés par des décisions prises loin du terrain.Ce n’est pas un désaccord technique. C’est une question de justice sociale et de respect humain. Nos vies ou leurs profits ?

C’est la question que nous posons à tous les responsables politiques de La Réunion : Nos vies ou leurs profits ? Nous ne parlons pas d’idéologie, mais d’équilibre.

Le soin n’est pas une entreprise. La santé n’est pas une marchandise. Et la dignité des travailleurs ne doit pas être négociée au nom d’un bilan comptable. Cette fusion-absorption met en péril un modèle associatif réunionnais fondé sur la proximité, la solidarité et la diversité.

Si elle aboutit, un seul acteur contrôlerait la quasi-totalité du secteur rénal, de la réadaptation, de l’HAD et du PSAD : une position dominante contraire à l’esprit du service public et au pluralisme sanitaire.

Leçons d’ailleurs, avertissement pour ici. L’étude menée par Élise Martin dans L’Espace politique (2021) sur la fusion entre Sésame Autisme Languedoc et Sésame Autisme Roussillon montre ce qui arrive quand on sacrifie l’humain à la rationalisation:

« La rationalisation administrative a fragilisé la relation de soin, éloigné la gouvernance du terrain et dissous les spécificités locales. »

Ce qui s’est produit dans le Sud de la France ne doit pas se reproduire ici. Car ici, le soin est une affaire de culture, de proximité, de lien humain.

La Réunion ne peut pas perdre ce qui fait sa force: sa solidarité. Un appel à tous les décideurs politiques de l’île Nous appelons aujourd’hui tous les responsables politiques à se positionner publiquement :

Madame la Présidente de Région et Monsieur le Président du Département, les maires des communes de La Réunion,les présidents des intercommunalités, les députés, sénateurs et conseillers régionaux, et plus largement tous les acteurs publics garants de la cohésion sociale.

Nous leur demandons :

1. De prendre position publiquement sur le maintien des emplois et des missions de l’ARAR;

2. De soutenir la suspension du mandat de gestion du 10 juin 2025 (mis à jour le 1 août 2025);

3. De réaffirmer leur attachement au pluralisme associatif et au service public du soin;

4. De protéger les familles réunionnaises contre une déstabilisation sociale majeure.Ce que nous défendons, c’est la dignité

Nous aimons notre métier. Nous aimons notre île. Et nous aimons ce que représente notre travail: une main tendue, un regard humain, une présence quotidienne auprès des plus fragiles.

Nous ne défendons pas un statut, mais une mission. Nous ne demandons pas des privilèges, mais de la stabilité. Nous ne réclamons pas des discours, mais des positions. À toutes celles et ceux qui exercent des responsabilités politiques à La Réunion, nous disons simplement: Regardez-nous. Écoutez-nous. Et dites-nous clairement : nos vies ou leurs profits ? »

Yves Mont-Rouge

montrougeyves@gmail.com
Téléphone : 0692 85 39 64

4 Commentaires

  1. C’est une association, pas une corne d’abondance. Plus d’argent = plus de salaires. Si vous tenez tant à “votre” asso, prouvez-le : travaillez bénévolement! Et si on parlait des “gros” salaires… ce ne serait pas l’une des racines du déficit comme dans toutes les structure dite « associations » qui se sont cassé la figure?

  2. SE SONT DES STRUCTURES QUI EMBAUCHE UN BON PEUX Z’OREIL DANS LES DIRECTIONS çà???ET LES REUNIONAIS DANS LES SALE BESOGNES???UN PEU COMME L’ARS!!!!ET L’ONF AUSSI (COMME (L’ORFI,OFICE REGIONALDES FORET ET INCENDIES)ET QUE I SERVE VRAIMENT A RIENS A LA REUNION VU QUE NA DEJA l’ONF!!!) ET TANT D’AUTRES STRUCTURES QUE LA FRANCE I INVENTES DANS LES DOM????ET L’ARRAR ET L’AURRAR C’EST LA MéME CHOSE

Répondre à amédées greens Annuler la réponse

Your email address will not be published.

Article précédent

La France se tient prête à soutenir militairement l’Ukraine dès 2026

Article suivant

Braquage à la Rivière-des-Pluies : deux individus condamnés à 5 ans de prison ferme (Podcast)

Free Dom