Devenir journaliste en 2 mois ? Le SNJ alerte les autorités sur « une complicité de l’Etat avec une entreprise privée »

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Il y a d’abord eu ce communiqué envoyé aux rédactions hier, lundi 25 août, dans la matinée. Un communiqué signé République Française (l’Etat) et  France Travail (toujours l’Etat) annonçant « l’ouverture d’une formation aux métiers de journalisme sur le territoire réunionnais ». (ndlr : on dit du journalisme, et non de…) ! Voici la suite du communiqué : « France Travail La Réunion, Antenne Réunion et GIP-FCIP Réunion s’unissent pour pallier le besoin de journalistes sur notre territoire. Suite aux échanges entre France Travail et différents médias de La Réunion, un constat unanime a été identifié : le secteur souffre aujourd’hui d’une pénurie de journalistes. Afin de répondre à cette problématique, France Travail a proposé de financer une formation spécifique, adaptée aux besoins du territoire. Pour ce faire, le GIP-FCIP a répondu favorablement à la mise en place de la formation métiers du journalisme ».

Cette formation s’adresse aux demandeurs d’emploi réunionnais, aux journalistes pigistes et intermittents du spectacle, titulaires d’un BAC +2 et possédant un permis de conduire avec véhicule ou deux roues.

Elle durera 450 heures réparties sur 2 mois dès la fin septembre, avec une partie en formation au Lycée Mémona Hintermann-Afféjee à Saint-Denis et une partie en entreprise, notamment chez Antenne Réunion. Vous voulez en savoir plus ? France Travail propose 2 réunions d’information : Mercredi 27 août de 14h à 17h et mercredi 10 septembre de 14h à 17h).

« Formation au rabais : non, il n’y a pas de pénurie de journalistes à La Réunion ! », signale le SNJ

La réaction du SNJ (Syndicat national du journalisme) ne s’est pas fait attendre. « ce qui nous est présenté comme un partenariat peut aussi être vu comme une complicité de l’Etat avec une entreprise privée (ndlr : Antenne Réunion), qui cherche à renouveler en permanence son effectif peu expérimenté, dont elle veut maintenir le faible coût au prix d’un « turn-over » permanent », écrit le syndicat, très remonté. Voici son communiqué de presse : « C’est avec surprise et colère que le Syndicat national des journalistes (SNJ) Réunion – Océan Indien a pris connaissance ce 25 août 2025 de l’ouverture d’une prétendue « formation aux métiers de (sic !) journalisme sur le territoire réunionnais », sous l’égide de l’Etat – selon un communiqué de presse siglé République française, France Travail, GIP-FCIP et Antenne Réunion.

Cette formation serait née d’un soi-disant « constat unanime » de « différents médias » (lesquels ?) d’une pénurie. Le SNJ conteste vigoureusement cette vue de l’esprit. Les récentes difficultés des principaux titres locaux de presse écrite ont entraîné pour de nombreux journalistes qualifiés une perte totale ou partielle d’emplois et de revenus. Tous, à ce jour, n’ont pas retrouvé d’activité dans le secteur. Loin s’en faut.

En tant que premier syndicat de la profession, le SNJ défend depuis toujours des dispositifs d’enseignement sérieux et exigeants pour les futurs journalistes. Une instance nationale (la CPNEJ), regroupant patrons de presse et syndicats de journalistes, a d’ailleurs pour mission de reconnaître les cursus de formation qui répondent aux attendus de la profession (culture générale, maîtrise des techniques, connaissance des règles déontologiques et juridiques encadrant le journalisme…).   Prétendre former des journalistes en deux mois à peine est irréaliste et contrevient totalement à ces principes. Pour le SNJ, il serait plus approprié de réfléchir à la création de cursus de formation ambitieux, et conformes aux exigences de la profession, destinés aux étudiants d’outre-mer. Il faut également permettre à ces étudiants d’accéder plus aisément et équitablement aux formations déjà reconnues par la profession (au nombre de 15, elles sont toutes dans l’Hexagone). Ouvrir une formation à la hâte, sans concertation, sans participation de l’Université de La Réunion et sans assurance sur les enseignements dispensés ou les qualifications du corps enseignant, équivaut à proposer à la jeunesse réunionnaise un miroir aux alouettes.
Prétendre destiner cette formation aux demandeurs d’emploi ainsi qu’aux journalistes « pigistes et intermittents du spectacle » est par ailleurs un mélange des genres qui témoigne d’une très inquiétante méconnaissance de notre profession.
Surtout, ce qui nous est présenté comme un partenariat peut aussi être vu comme une complicité de l’Etat avec une entreprise privée qui cherche à renouveler en permanence son effectif peu expérimenté, dont elle veut maintenir le faible coût au prix d’un « turn-over » permanent. C’est d’autant plus intolérable dans le contexte actuel.
Le SNJ alerte le préfet de La Réunion, le recteur de La Réunion et le directeur départemental de France Travail et leur demande de surseoir de toute urgence au lancement de cette formation et d’en faire cesser toute promotion auprès du public ».

(Ndlr : ça peut aussi être vu comme un moyen, parmi tant d’autres, pour une entreprise privée audiovisuelle de se faire financer avec l’argent des contribuables pour former ses futures recrues).

Yves Mont-Rouge

montrougeyves@gmail.com
Téléphone : 0692 85 39 64

4 Commentaires

  1. Merci pour cette « NDLR » en fin d’article, car le fond du problème est bien là, et il touche tous les secteurs d’activité : un État qui abreuve les entreprises privées avec nos impôts sans contrôles ni contreparties.

  2. Effectivement ils embauchent des jeunes etudiants qui viennent finir leur parcours pour eviter de payer véritablement un vrai journaliste au salaire plus important, ils recrutent même des étudiants qui ont fait l’institut de l’image au port c’est pour vous dire !!

  3. Un journaliste, ce n’est pas un employé comme les autres. Il n’obéit pas à son patron, il n’exécute pas des ordres, par statut, il est intouchable et incritiquable.

    En fait, c’est lui qui décide, pas son employeur.

    Voilà pourquoi l’embauche d’un vrai journaliste est devenue un cauchemar pour les directions.

    On comprend mieux pourquoi tant de patrons préfèrent des pigistes précaires ou des « formés en deux mois » !

    Le journaliste ne s’embauche pas, il s’impose

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