Deux dates à retenir : les 18 et 19 octobre prochains. Ce sera sur la grande scène du téàt de Champ-Fleuri à Saint-Denis. La danseuse et chorégraphe Lynda Sellom-Pandeeswaran, figure emblématique de la danse indienne à la Réunion qu’on ne présente plus, vous invite à revivre cette période importante qui a marqué l’histoire de notre île, à savoir l’engagisme.
Un spectacle présenté par l’association Saint-Andréenne « Natya Kalamani », créé et mis en scène par Lynda Sellom-Pandeeswaran qui évoluera parmi plus d’une soixantaine de ses élèves, jeunes et moins jeunes, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Le spectacle s’intitule « Kaliyammâvin Pârvayil ». Ce sont des danses classiques, semi-classiques et folkloriques indiennes. Une création artistique présentée dans le cadre du Dipavali (Fête de la lumière).
« Kaliyammâvin Pârvayil propose un voyage à travers l’histoire locale, en mettant en lumière le parcours des engagés indiens à La Réunion. À travers la présence de Kâly, déesse dont le culte s’est largement diffusé sur l’île, le spectacle raconte la richesse des traditions et des croyances apportées par ces migrants. Ce spectacle s’inscrit dans un contexte d’échanges culturels et de célébration de l’héritage multi-ethnique de La Réunion, enrichissant ainsi le patrimoine vivant de l’île. En réunissant danseurs et spectateurs, cette œuvre incarnée espère renforcer les liens culturels et l’identité collective autour d’une histoire commune; À travers les performances, nous cherchons à raconter l’histoire de nos ancêtres, des engagés qui ont contribué à façonner notre société multiculturelle. En mettant en avant les pratiques religieuses et culturelles de la population, nous souhaitons rendre hommage à leur héritage », explique Lynda Sellom-Pandeswaran.
Qui poursuit : « la danse, en tant qu’art vivant, devient alors un vecteur puissant pour illustrer notre histoire, tisser des liens entre les différents groupes et favoriser un dialogue inter-culturel. Par cette approche holistique, nous souhaitons faire découvrir comment la danse et les rituels associés constituent des éléments essentiels de notre patrimoine commun ».
L’histoire est captivante : en quête de soi, de ce qui fait son identité, Kaliyamma, une Réunionnaise d’origine indienne, cherche à comprendre ses racines qui vibrent en elle. Sur les traces de ses aïeux, des engagés indiens, venus chercher un avenir plus serein à l’île de La Réunion, Kaliyamma va vivre chacun des moments à leurs côtés. Depuis leur arrivée sur l’île jusqu’aux champs et la vie dans les habitations. Elle nous invite ainsi à partager leur quotidien, leurs joies, leurs peines et leur espérance. A leurs côtés, elle comprend la ferveur pour la déesse Kâli. Cette divinité à laquelle les hommes et les femmes confient leurs espérances.
Les différents tableaux rendent hommage à ceux qui ont quitté leur terre ancestrale et qui ont pu la faire renaître ici, sur cette île. Génération après génération, ils ont ainsi transmis leur culture et leur art de vivre.
Selon Lynda Sellom-Pandeeswaran, « cette création artistique a un enjeu sociétal; Elle permet de comprendre et d’accepter l’histoire. Par ailleurs, elle permet aux jeunes participants de se plonger dans leur héritage, en favorisant une réflexion sur leur identité et leur histoire locale. Cela encourage une acceptation de ces récits souvent méconnus, en les rendant accessibles et compréhensibles ».
C’est un projet qui tenait à cœur la chorégraphe et danseuse pour plusieurs raisons : « le spectacle représente une plateforme de diffusion pour des récits historiques qui souvent restent dans l’ombre. En partageant l’histoire de l’engagisme au sein du spectacle, un plus large public peut être sensibilisé à ces événements et comprendre leur impact sur la formation de l’identité réunionnaise. Elle vise également à valoriser la culture indienne. En effet, en intégrant la danse indienne, le spectacle permet de souligner la richesse de la culture indienne dans le contexte réunionnais, renforçant les liens inter-culturels et l’héritage commun. Enfin, ce spectacle va au-delà d’une simple performance artistique; Il s’agit d’une œuvre engagée qui vise à créer un dialogue sur l’histoire, la culture et l’identité. En impliquant les jeunes et en s’adressant à un public diversifié, le projet contribue à une meilleure connaissance de l’histoire locale, tout en célébrant la culture indienne et son influence sur La Réunion ».
Un voyage en Inde en juillet dernier
Il faut rappeler qu’avant de concrétiser ce projet, la chorégraphe et danseuse a organisé un stage de danse qui s’est déroulé en Inde à Chennai, du 12 au 27 juillet 2024. Les danseuses et danseurs ont eu ainsi l’opportunité d’approfondir leur pratique et leur compréhension de la danse indienne. Ce voyage, alliant apprentissage et immersion culturelle, a permis aux artistes de perfectionner leur technique, d’apprendre de nouveaux mouvements et de ressentir l’essence même de cet art dans leur pays d’origine. Ce voyage avait aussi pour but de découvrir les régions d’origine des engagés, notamment le Tamil Nadu et le Kerala. Ils ont visité des villes emblématiques telles que Chennai, Pondichéry et Madurai. Des cours de danse traditionnelle ont été également dispensés à Chennai. Un aspect humanitaire a également été au cœur de ce voyage : les élèves ont visité un orphelinat pour y distribuer les fournitures qu’ils ont collectées (matériel scolaire, livres, etc.). Cette initiative leur ont permis non seulement d’apporter leur aide, mais aussi de contribuer à améliorer le quotidien de ces jeunes enfants qui n’ont pas les mêmes opportunités qu’eux.
Un travail a également été mené à la Réunion. Les jeunes de l’association « Natya Kalamani » (créée en 1994 et qui signifie Perle de l’Art de la danse indienne) ont entrepris un travail de recherche approfondi, incluant la lecture d’ouvrages consacrés à l’engagisme, ainsi que la recherche de photographies, gravures, peintures et autres représentations iconographiques liées à cette période historique. En outre, ils ont effectué un travail aux archives départementales pour rassembler des informations pertinentes au projet. Les résultats de cette recherche seront également présentés lors des spectacles sous forme d’exposition.
Et pour les aider à mieux comprendre cette histoire, une exposition a été élaborée par nos adolescents, complétée par des sorties culturelles. Le 9 mars 2024, une visite au Lazaret de la Grande Chaloupe, site de quarantaine mais surtout berceau de l’histoire de l’engagisme, a été organisée. De plus, des visites au musée Stella Matutina, qui accueillait une exposition sur le Bal Tamoul, ainsi qu’au musée de Villèle, axé sur l’abolition et l’engagisme, ont permis à nos jeunes de découvrir ces lieux chargés d’histoire et de mieux appréhender le peuplement de la Réunion.
Rappelons que Jacques DESHAYES (conteur/comédien) et Edwige DORALI (conteuse) seront présents aux cotés de Lynda Sellom-Pandeeswaran pour présenter ce spectacle, avec leurs qualités et compétences, ils donneront vie à cette histoire grâce à leur interprétation.
Vous l’aurez compris. Il s’agit là d’une belle initiative qui mérite d’être soutenue et applaudie. Il ne vous reste plus qu’à réserver votre billet en allant sur le site de l’association « Natya Kalamani » ou en vous rendant directement à l’accueil du Téat de Champ-Fleuri.



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