Il attire l’attention sur « la situation dramatique » de ce quartier de Sainte-Suzanne :
« Monsieur le Préfet,
Nous, habitants regroupés au sein du collectif des citoyens engagés de la Marine de Sainte-Suzanne, souhaitons attirer solennellement votre attention sur la situation dramatique que vit notre quartier. Notre collectif est né en plein cyclone Belal, alors que nous avions littéralement l’eau jusqu’aux genoux dans notre quartier. Depuis plus de 20 mois, nous nous battons pour obtenir des solutions durables. Nous avons participé à de nombreuses réunions avec la mairie, la CINOR et la REGION. Des pistes avaient été évoquées, des engagements pris.
Pourtant, aujourd’hui, nous ne sommes plus que spectateurs : les travaux de sécurisation annoncés ont été interrompus sans explication. Malgré nos nombreux mails et demandes de rendez-vous, la mairie comme la CINOR ne répondent plus. Nous attendons toujours une étude promise sur le quartier de la Marine. Le silence institutionnel nous laisse amers : c’est le combat du pot de terre contre le pot de fer.
À cette détresse s’ajoute aujourd’hui une incompréhension profonde : le 21 juillet 2025 un permis de construire pour 117 logements a été accordé dans une zone que nous savons vulnérable depuis des générations. Le 8 septembre, nous avons déposé un recours gracieux auprès du maire. Nous attendons toujours sa décision, notamment sur la question de la salubrité publique qui reste sans explication, afin que nous puissions saisir le Tribunal Administratif.
Les anciennes maisons ont été bâties à ras du sol, et ce jour les voiries ne sont toujours pas adaptées, ni les égouts ne sont pas fonctionnels. Une petite école existe déjà dans le quartier, mais le maire n’a pas pris en compte que les enfants des 117 nouveaux logements devront eux aussi être scolarisés. Construire dans ce secteur, c’est mettre en danger les habitants et signer l’arrêt de mort du quartier.
De plus, la mairie a accordé la construction de la SCI La Marine de plus de 1 300 m2, une construction sans évacuation des eaux pluviales, toujours en cours à ce jour. Malgré nos demandes répétées adressées à la mairie depuis 15 mois, nous n’avons jamais obtenu de réponse concrète. Pourtant, le maire dispose de l’autorité. À chaque pluie, nous vivons dans la peur, le stress et la perte de dignité. Lors du cyclone Belal, à une heure du matin, une dame âgée de plus de 80 ans a dû être secourue par les habitants eux-mêmes en raison de la
montée des eaux, faute d’intervention des services municipaux malgré nos appels. Cette situation est inacceptable.
Nous ne sommes pas opposés à la construction de logements, bien au contraire. Mais nous demandons que cela ne se fasse pas dans cette zone fragile. Ici, une source qui ne s’est jamais éteinte et qui existait depuis avant même l’installation de nos aïeux. Nos parents ont peiné toute leur vie pour acquérir un terrain, construire une maison et fonder une famille. Nous demandons simplement que ces efforts, ces vies, ne soient pas anéantis par des choix inconséquents.
Nous demandons également que le PAPI (Programme d’Actions de Prévention des Inondations) soit enfin appliqué dans le quartier de la Marine. Ce programme prévoit notamment la réalisation d’une digue de protection, indispensable à la sécurité des habitants. Tant que cette digue ne sera pas réalisée, aucune nouvelle construction de plus de 1 000 m2 ne devrait être autorisée, à l’exception d’équipements d’intérêt général tels qu’un SDIS.
Malgré nos relances et les éléments que nous avons transmis à vos services de la DEAL, aucune action concrète n’a été entreprise, et aucune réaction n’a été apportée face aux inégalités pratiquées par la mairie. Nous avons fourni des photos, des mails et d’autres documents aux services de la DEAL, et nous avons même proposé de les accompagner sur site afin de constater la situation directement, mais nous sommes toujours confrontés à une absence de réponse ou d’action.
Nous ne voulons pas la destruction de notre quartier. Nous ne voulons pas voir nos maisons submergées à chaque pluie. Nous ne voulons pas perdre notre dignité à cause d’un projet mené sans concertation ni considération du vécu des habitants.
Les rivières qui nous entourent trouvent leur chemin à travers nos rues, et les parcelles nues servent de véritables tampons. Si ces parcelles disparaissaient, les rivières perdraient leurs repères, et il serait impossible de prévoir l’ampleur des dégâts. Le réchauffement climatique est au cœur des préoccupations de tous les pays.
Le collectif tient à rappeler que, selon les documents de la DEAL, le quartier de la Marine se situe en zone à risque de submersion marine et littorale, ainsi que de mouvements de terrain, et qu’il se trouve, de surcroît, en dessous du niveau de la mer.
La DEAL a d’ailleurs souligné que la situation de la ville surnommée « La Faute-sur-Mer » pourrait un jour se produire chez nous. C’est pourquoi nous appelons solennellement le Préfet et la DEAL à nous recevoir, à nous écouter et à agir. Personne ne connaît mieux ce terrain que celles et ceux qui y vivent au quotidien.
Nous demandons des solutions : l’annulation du permis de 117 logements dans une zone vulnérable. Si une enquête est ouverte, les habitants de la commune de Sainte-Suzanne pourront vous affirmer la fragilité du secteur. C’est la seule voie pour protéger nos familles, nos biens et notre avenir. Ne détruisons pas nos vies ».


