Réunies pendant dix jours à Bougival, près de Paris, les forces politiques calédoniennes ont conclu ce samedi 12 juillet un accord qualifié d’« historique » pour l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Cet accord, signé en présence de l’État et salué par plusieurs responsables politiques français, marque une avancée majeure après des années de tensions. François Bayrou a exprimé sa « fierté d’un accord à hauteur d’Histoire », tandis que le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, a salué « le choix du courage et de la responsabilité ». Ce compromis intervient après l’échec des précédentes négociations à Deva et plus d’un an après les émeutes meurtrières du printemps 2024.
Au cœur du texte figure la transformation de la collectivité en un « État de Nouvelle-Calédonie intégré dans l’ensemble national français », avec une inscription dans la Constitution. Un équilibre semble avoir été trouvé entre les aspirations indépendantistes et les garanties républicaines : la création d’une nationalité calédonienne, indissociable de la nationalité française, a été actée. Le maintien des compétences régaliennes (justice, défense, sécurité, monnaie) par l’État français a également été confirmé. En parallèle, le corps électoral provincial, objet de vives contestations, sera rouvert à de nombreux Calédoniens et leurs conjoints.
Les réactions politiques soulignent l’importance de cet accord pour tourner la page des violences et des blocages institutionnels. Nicolas Metzdorf, député non-indépendantiste, affirme que de « fortes concessions » ont été faites pour éviter une impasse, tandis que Philippe Gomes (Calédonie ensemble) y voit un espoir nouveau. Le Parlement français devrait se réunir à Versailles d’ici la fin de l’année pour entériner l’accord constitutionnellement, avant un référendum local. Les élections provinciales, initialement prévues pour fin 2025, sont désormais reportées au printemps 2026.
Audrey Bélim, sénatrice de La Réunion
Un accord historique a été signé cette nuit à Bougival, dans les Yvelines, par les différentes délégations politiques de Nouvelle-Calédonie. Ce texte ambitieux, fruit de plusieurs semaines de dialogue et de dix jours de négociations intenses, dessine un cadre institutionnel pérenne pour l’avenir de l’archipel.
J’espère de tout cœur que cet accord permettra à la Nouvelle-Calédonie de retrouver le chemin de la paix et de construire un avenir partagé par tous ses habitants.
Je souhaite avoir à cet égard une pensée émue pour l’ensemble des victimes des émeutes de 2024 : Kanak, Caldoches, gendarmes et victimes indirectes des ruptures d’accès aux soins dans l’archipel. Chacune de ces morts est un drame pour la République tout entière. Protéger les vies humaines demeure l’un des devoirs les plus essentiels des femmes et hommes politiques.
Il a fallu la détermination du ministre des Outre-mer Manuel Valls pour renouer les fils du dialogue entre indépendantistes et loyalistes. Ce fut un chemin difficile et exigeant, tant les rancœurs étaient profondes. Un chemin compliqué également à Paris, où l’Élysée n’a pas toujours apporté son soutien malgré son rôle majeur dans le déclenchement de la crise. C’est en effet la politique irresponsable du président de la République qui a déclenché une crise d’une gravité exceptionnelle sur le Caillou. Les voix les plus radicales se sont crues autorisées à évoquer une partition de l’archipel, comme si des citoyens français pouvaient être assignés à telle ou telle partie d’un territoire selon leurs origines.
Manuel Valls a cependant réussi à remettre autour de la table indépendantistes et loyalistes, puis à ce qu’ils trouvent ensemble un accord politique et institutionnel. C’est un succès majeur qui mérite d’être salué.
Je félicite tout particulièrement les délégations de Nouvelle-Calédonie pour la qualité de leur dialogue et leur volonté d’avancer ensemble, dans l’intérêt de l’Archipel.
Dans la continuité des Premiers ministres Michel Rocard et Lionel Jospin, nous, socialistes, demeurons attachés à la paix et à l’avenir en Nouvelle-Calédonie. Nous savons que les haines et les morts causées par la haine, même à des milliers de kilomètres de nous, nous concernent tous.


