C’est la question que se pose, via une tribune libre, Wilfrid Bertile, actuellement conseiller régional de la majorité d’Huguette Bello. L’universitaire, aujourd’hui à la retraite, a été maire socialiste de Saint-Philippe et député de la Réunion dans les années 80. Voici sa tribune :
« Cela peut paraître au premier abord incompréhensible : alors que la majorité relative du
Nouveau Front Populaire (NFP) est la plus importante à l’Assemblée nationale, le président de la République se refuse à nommer comme Premier ministre un(e) candidat (e) proposé (e) par elle.
Pour expliquer les raisons de ce déni de démocratie, le président commence par dire que ce
gouvernement serait immédiatement renversé (sans lui avoir laissé le temps de montrer ce qu’il en serait réellement) et l’écarte par crainte « d’instabilité institutionnelle ». Les mois qui viennent risquent de montrer que tout gouvernement, qu’il soit issu de la gauche, de la droite macroniste ou de l’extrême droite, n’aura qu’une espérance de vie des plus réduites en raison de la division de l’Assemblée nationale entre trois blocs à peu près équivalents.
Une autre argumentation s’appuie sur la diabolisation systématiquement orchestrée de La
France Insoumise (LFI) et de son leader Jean-Luc Mélenchon. Pas question de ministres LFI au
Gouvernement selon les droites et l’extrême droite. Les dirigeants de LFI ayant eu l’intelligence de dire qu’ils soutiendront un gouvernement du NFP sans y participer, les masques tombent. C’est le programme du NFP qui est rejeté, alors que les électeurs l’ont mis en tête du scrutin. Pour Marine Le Pen, un gouvernement NFP « mènerait une politique dangereuse pour les Français ». Et Gabriel Attal de surenchérir : le programme économique du NFP provoquerait « un effondrement économique de notre pays »
Qu’est-ce qui est dangereux et pour qui dans le programme du NFP, résultat d’un compromis
soft entre les composantes de la gauche, approuvé même par François Hollande ? Le SMIC à 1600 euros alors que tout le monde dit vouloir injecter du pouvoir d’achat (ou plutôt du « pouvoir de vivre ») pour relancer la consommation moteur de l’économie ? L’annulation de la réforme des retraites portant l’âge du départ à 64 ans imposée sans vote par le 40-3 alors que les Français la rejettent à une très large majorité ? Le rétablissement de l’Impôt sur la fortune alors que l’Etat manque de recettes suite aux cadeaux faits aux plus riches ? Les seules aides directes (subventions) et indirectes (crédits d’impôts et niches fiscales) au secteur privé atteignent, selon l’Institut de recherches économiques et sociales, 157 milliards d’euros pour 2019, soit 6,44% du PIB français et 31% du budget de l’Etat, avant même la crise sanitaire de la Covid qui les amplifiera.
En réalité le grand patronat et les marchés financiers rejettent toute politique qui irait à
l’encontre de leurs intérêts. Ils ont réussi à imposer leur vision aux gouvernants qui se sont mis à leur service : « ils n’ont pas de visage mais ils gouvernent » (François Hollande, avant d’être élu président).
Une véritable osmose existe en effet entre les multinationales, les hauts fonctionnaires, des
membres des gouvernements, des dirigeants des institutions internationales…. A titre d’exemples, José Manuel Barroso qui a passé 10 ans à la tête de la Commission Européenne (2004-2014) a rejoint la banque Goldman Sachs (d’où est partie la crise financière des subprimes en 2007) à la fin de son mandat. Henry Paulson, président cette même banque, est nommé ministre américain du Trésor. Jean- Claude Juncker, ancien chef du Gouvernement du Luxembourg, principal paradis fiscal européen, a été nommé président de la Commission Européenne. Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne est nommé chef du gouvernement italien… Aussi bien au plan international qu’au niveau national les milieux financiers influencent la politique de la plupart des gouvernants. En France la situation est devenue caricaturale depuis 2017 et l’élection du « président des très riches ».
La démocratie est bafouée. « Elle s’arrête là où commencent les intérêts du capital ». Sous la
pression des marchés financiers au cours de la crise des dettes souveraines européennes dans les années 2010, les dirigeants ont dû changer de politique en Grèce ou en Italie contre la volonté de leurs peuples. Les résultats du référendum de 2005 en France et aux Pays-Bas ont été ignorés par les gouvernements européens qui ont repris dans le traité de Lisbonne les disposions néolibérales du texte rejeté par le vote populaire. Jean-Claude Juncker président de la Commission européenne a ainsi déclaré le 28 janvier 2015 : «il ne peut pas y avoir de choix démocratiques contre les traités européens ». Plus près de nous, chacun se souvient qu’un quart d’heure avant le vote de la réforme des retraites par l’Assemblée, Emmanuel Macron impose l’usage du 49-3 disant : « on ne peut pas prendre de risques face aux marchés ». Aujourd’hui, c’est pour complaire aux marchés qu’il ne tient aucun compte des résultats des élections législatives qu’il a lui-même provoquées par la dissolution du Parlement. Selon L’Express en date du 26 aout, Emmanuel Macron aurait déclaré : « si je la nomme
(Lucie Castets), elle ou un représentant du Nouveau Front Populaire, ils abrogeront la réforme des retraites, ils augmenteront le Smic à 1600 euros, les marchés paniqueront et la France plongera ».
On le voit, les marchés financiers imposent leurs vues à tout le spectre politique autre que le
NFP. Le nouveau clivage de la politique française n’est plus entre le bloc central et les extrêmes mais bien entre ceux (le NFP) qui combattent le capitalisme financer qui nous mène à la catastrophe écologique et sociale et tous les autres qui se sont mis, consciemment ou inconsciemment, à son service, pour le meilleur et, plus assurément, pour le pire ».



regarde out député, longtemps vos paroles avaient de valeurs, maintenant tu te trompe, regarde out député