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Les bichiques se font désirer : coup de gueule des pêcheurs contre les braconniers (Audio et vidéo)

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La pêche des bichiques a été déclarée officiellement ouverte par les services de l’Etat ce dimanche 1er septembre, mais les précieux alevins qu’on appelle ici « le caviar réunionnais » se font désirer.

En effet, trois jours après l’ouverture officielle de la pêche, les bichiques manquent toujours à l’appel. Même si « zot bouche i fé déjà de l’eau », un bon cari bichiques bien pimenté avec un petit rougail de mangue en accompagnement, ce n’est pas pour tout de suite.

Les alevins ne sont pas encore sur les étals. Cela dit, étant donné qu’ils se font de plus en plus rares au fils des années, préparez quand même vos euros dès à présent.

Il va falloir compter au moins 80 euros, voire plus, pour un « petit » kilo. Mais pour l’instant, les bichiques ne sont pas au rendez-vous. Pas encore du moins. Et à en croire Monsieur Antoine, pêcheur professionnel que nous avons rencontré hier matin du côté de l’embouchure de la Rivière-du-Mât à Bras-Panon, il faudra patienter encore quelques jours avant de voir apparaître les précieux alevins. « Tout dépendra de la lune », dit-il, interrogé par Yves Mont-Rouge :

Pour l’instant, aux abords des embouchures de l’île, on ne voit pas encore des pêcheurs avec leurs vouves (nasses). « Il est encore trop tôt pour cela », explique Monsieur Antoine, qui pêche les bichiques depuis plusieurs décennies déjà. Il est pêcheur professionnel.

En ce lundi matin 2 septembre, avec trois de ses dalons, Monsieur Antoine est venu en 4×4 jeter un œil sur son canal, situé à l’embouchure de la Rivière-du-Mât, côté Bras-Panon.

Pour l’instant, les pêcheurs sont en phase de reconnaissance des lieux. « Nous sommes en mode d’observation qui précède la phase préparation du canal ».

En attendant la montée des bichiques, il faut préparer le canal. « Nous allons, comme chaque année, devoir faire venir un tractopelle pour déboucher le canal. Il faudra retirer tous les gros galets qui séparent la mer et la rivière. Tout cela a évidemment un coût. Une fois que le tractopelle aura fait son travail, il nous faudra affiner à l’aide de pioche. C’est un travail très physique. Ce n’est pas fini car il faudra ensuite bien placer les roches afin de caler les vouves », explique Monsieur Antoine.

Pour le moment, comme vous pouvez le voir sur la vidéo ci-dessous, le canal est encore à l’état brut. Il faut savoir que les bichiques (jeunes cabots bouche ronde dont les deux espèces existant localement sont appelés Sicyopterus lagocephalus et Cotylopus acutipinnis) sont reproduites en eau douce dans les rivières. Ils migrent aussitôt vers la mer avant de regagner, après quelques mois, les rivières.

Embouchure de la Rivière-du-Mât à Bras-Panon

C’est à ce moment précis, lorsqu’ils remontent vers les rivières, qu’ils sont capturés avec des vouves. C’est ce que l’on appelle la montée des bichiques, c’est-à-dire leur passage de la mer vers la rivière.

Embouchure de la Rivière-des-Roches entre Bras-Panon et Saint-Benoit

Les pêcheurs souhaitent « plus de contrôles contre les braconniers »

L’année dernière, la saison n’a pas été bonne : moins de deux tonnes de bichiques pêchées dans toute l’île. Or, ce fut un temps où les bichiques pullulaient; Ils montaient par tonnes. Ils vendaient pour quelques francs seulement à l’époque. Il y en avait tellement que nos grands-parents les faisaient sécher dans la cour pour pouvoir les conserver. « Cari bichiques secs ek bringelles », ça parle surtout aux anciens. La jeune génération, celle du « malbouffe », nourrie aux « burgers », ne connaît pas la cuisine traditionnelle. Aujourd’hui, les bichiques sont devenue une denrée rare, voire même très rare. Quelles en sont les raisons ? « Le réchauffement climatique y est certes pour quelque chose. Tout a été chamboulé. Mais les braconniers aussi mettent notre profession en péril », explique un pêcheur professionnel que nous avons rencontré hier matin.

« Nombre de braconniers mettent des produits dans les rivières pour pêcher les bichiques. Ils ne respectent rien, alors que nous, pêcheurs professionnels, nous devons respecter la réglementation en vigueur. Nous payons une taxe annuelle et nous avons une carte. Nous sommes souvent contrôlés par les services de l’Etat qui n’hésitent d’ailleurs pas à nous sanctionner pour le moindre manquement à la règlementation. En revanche, contre les braconniers qui opèrent surtout la nuit, il n’ y a aucun contrôle puisque les contrôleurs, qui sont des fonctionnaires, dorment la nuit. Pendant ce temps, les braconniers ne sont guère inquiétés », signalent les pêcheurs professionnels, qui n’arrivent plus à vivre de cette profession.

Sans compter qu’ils sont souvent montrés du doigt par les consommateurs. « Lorsque nous parvenons à en pêcher un peu, nous les vendons en gros, sur place, aux bazardiers à 60€ le kilo. Ces mêmes bichiques sont ensuite revendus en ville à 80, 90 € le kilo. Ce ne sont pas les pêcheurs qui font monter les prix », rappellent-ils. Mais c’est bien connu, tout ce qui est rare, est cher ! Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que les bichiques daignent se manifester à nos embouchures !

Yves Mont-Rouge

montrougeyves@gmail.com
Téléphone : 0692 85 39 64

4 Commentaires

  1. C’est en été qu’il monte le bichique non ? je pense que l’alevin devient rare car il est trop pécher justement finir en carry dans la marmite il pourra jamais devenir un poisson à son tour pour pondre , enfin, mi voit les choses komsa après mi peu trompe à moin ou conné moin lé pa un expert en la matière.

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