Fabrice Grondin (au centre sur la photo de Une), directeur des opérations de l’aéroport Roland Garros à la Réunion a été élu jeudi dernier président de la branche africaine de l’Airports Council International (ACI-Afrique) pour la période 2026-2028. Une information de nos confrères de Outremers360. Ce samedi 20 septembre, dans un post sur son compte Facebook, son ami Patrice Sadeyen, a rendu un bel hommage à cette promotion du Réunionnais Fabrice Grondin.
Il est intitulé : « Fabrice Grondin, un ami, un Réunionnais, un symbole ». Lisez ci-dessous :
« Fabrice Grondin n’est pas seulement un grand professionnel du monde aérien : il est d’abord un ami, un compagnon de route avec qui j’ai eu le privilège de travailler plusieurs années au Parc des expositions de la Ville de Saint-Denis. J’y ai découvert un homme méticuleux, profondément attaché à son île, toujours attentif au collectif et déjà animé par cette volonté de porter plus haut la place de La Réunion dans le monde. Nous partagions, au quotidien, des moments de travail exigeants mais portés par l’envie commune de construire quelque chose qui dépasse nos parcours individuels.
Ce souvenir me revient avec force au moment où Fabrice Grondin est élu président d’ACI-Afrique, la branche africaine du Conseil international des aéroports, pour la période 2026-2028. Un Réunionnais appelé à présider l’organisation continentale qui réunit plus de deux cents aéroports africains : voilà une nouvelle qui dépasse les murs des terminaux, qui franchit les frontières administratives, et qui s’inscrit déjà comme un jalon politique de notre histoire.
L’annonce a été reçue comme une immense fierté. Mais réduire cette élection à une réussite personnelle serait passer à côté de l’essentiel. Fabrice Grondin, directeur des opérations de l’aéroport Roland-Garros, incarne par ce mandat la reconnaissance d’une compétence réunionnaise à l’échelle africaine. À travers lui, c’est tout un peuple qui voit son savoir-faire enfin reconnu et projeté sur la scène internationale.
Longtemps, La Réunion a été pensée comme une périphérie : périphérie française, périphérie européenne, périphérie des grandes routes du commerce et de l’aérien. Cette nomination vient bousculer cette vision réductrice. Elle réinscrit notre île dans son espace naturel d’appartenance : l’Indianocéanie et le continent africain.
À La Réunion, l’avion n’est pas une option : il est une nécessité vitale. Chaque Réunionnais le sait dans sa chair et dans sa mémoire. L’insularité nous condamne à la dépendance aérienne, et Roland-Garros est plus qu’un aéroport : c’est une artère qui relie notre île au monde, c’est le souffle qui nous maintient connectés.
Or, cette dépendance a toujours été mal pensée par l’État français. Au lieu d’en faire un levier d’intégration régionale, l’aérien a été traité comme une simple ligne de continuité territoriale avec Paris. On a enfermé l’aéroport Roland-Garros dans le rôle de passerelle exclusive vers l’Hexagone, négligeant les liaisons directes avec l’Afrique, Madagascar, l’Inde, les Comores, les Seychelles, Maurice ou encore l’Asie.
« À travers lui, c’est un message qui s’adresse à chaque jeune Réunionnais : rien n’est impossible »
La présidence de Fabrice Grondin à ACI-Afrique peut ouvrir une brèche dans cette logique. Elle place La Réunion dans le cœur battant des stratégies aériennes africaines, et donc dans une dynamique de coopération directe avec des dizaines de pays qui sont nos voisins géographiques, mais que la France nous a toujours appris à ignorer.
Ce n’est pas anodin. En Afrique, les postes de responsabilité sont rarement confiés à des ultramarins. La logique coloniale a longtemps voulu que les élites locales soient cantonnées à l’échelle régionale ou nationale, jamais continentale. Voir un Réunionnais, qui plus est issu d’une île que Paris présente comme “européenne”, prendre la présidence d’ACI-Afrique, c’est un retournement d’histoire.
Ce n’est pas seulement Fabrice Grondin qui a été élu. C’est l’idée que La Réunion n’est pas condamnée à n’être qu’un appendice de l’Europe. C’est l’affirmation qu’un cadre réunionnais peut représenter le continent tout entier, et qu’il le fait avec la légitimité de son île, mais aussi avec l’expérience de ses luttes et de ses atouts.
Cette élection vient s’inscrire dans une série de signaux qui disent que la roue tourne. Jean-François Lebon, longtemps à la tête de la sûreté départementale ; Bertrand Vidot, désormais directeur du SDIS avec le soutien des syndicats ; et aujourd’hui Fabrice Grondin à la présidence d’ACI-Afrique.
Il y a là une génération de Réunionnais qui s’imposent, non pas par faveur ou par passe-droit, mais par compétence, par rigueur et par excellence. Ils portent une exigence nouvelle : que notre peuple cesse d’être relégué aux marges de la décision, et qu’il occupe sa place, partout où elle doit être.
Car il ne faut pas s’y tromper : une telle victoire oblige. Elle nous oblige à exiger davantage de l’État français, qui continue de nous maintenir dans des logiques d’assistanat et de dépendance. Elle nous oblige à rappeler que La Réunion n’est pas seulement un territoire départemental : elle est un carrefour de civilisations, une plateforme stratégique au cœur de l’océan Indien, un acteur qui a vocation à dialoguer directement avec l’Afrique, l’Asie, et pas seulement avec Paris.
Ce mandat de Fabrice Grondin doit servir de levier pour ouvrir les routes aériennes régionales, renforcer les coopérations économiques, culturelles, universitaires. Il doit être une arme contre la réduction coloniale qui fait de nous une simple escale exotique.
Fabrice Grondin, en acceptant cette responsabilité, porte sur ses épaules bien plus qu’un titre. Il porte l’attente d’un peuple, le rêve d’une île qui veut cesser d’être périphérie, et l’ambition de devenir un acteur central des dynamiques africaines et indianocéaniques.
À travers lui, c’est un message qui s’adresse à chaque jeune Réunionnais : rien n’est impossible. Les portes ne sont pas fermées. Nos compétences ont leur place partout où se prennent les décisions qui engagent nos vies.
L’élection de Fabrice Grondin à la tête d’ACI-Afrique est une immense fierté. Mais plus encore, elle est un signal politique fort. Elle dit que La Réunion a la capacité de se projeter dans le monde, non pas en dépendance mais en partenaire, non pas en périphérie mais en centre.
Ce qui commence aujourd’hui doit s’inscrire dans un mouvement plus large : faire de chaque réussite réunionnaise à l’international non pas une exception à applaudir, mais la norme d’un peuple qui prend sa place.
Fabrice Grondin est un ami, il est un Réunionnais, et il est désormais un symbole. Son mandat, s’il est porté collectivement, peut devenir l’un des leviers de notre émancipation. À nous d’en faire l’occasion d’un basculement historique ».


