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La grande distribution dans le viseur : Christophe Girardier tacle GBH et appelle à un sursaut législatif (Vidéo)

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Ce 25 avril, Christophe Girardier, président du cabinet conseil Bolonyocte, était de passage à La Réunion. Il avait convié la presse locale à une conférence tenue au Roland Garros, à Saint-Denis, pour parler d’un sujet brûlant : la vie chère et le rôle des grands groupes dans l’économie réunionnaise.

Notre reporter Karoline Chérie était sur place. Nous vous proposons d’ailleurs de retrouver son interview complète en vidéo un peu plus bas.

« Un marché sous emprise »

Dès l’entame, Christophe Girardier n’a pas mâché ses mots. Selon lui, le problème majeur de la vie chère à La Réunion n’est pas tant lié aux frais d’approche ou à l’éloignement géographique — qui ne pèseraient que 7 à 10 % sur le prix des produits — mais bien à la « concentration excessive du marché de la grande distribution ».

« Aujourd’hui, deux groupes contrôlent plus des deux tiers du marché réunionnais », a-t-il rappelé.

Avec en tête, GBH, qui selon lui, « capterait à lui seul près de 40 % du secteur ». Une position dominante qui permettrait au groupe de pratiquer des « marges arrière abusives », c’est-à-dire des ristournes et avantages exigés aux fournisseurs, « en toute illégalité pour certains produits », notamment les fruits et légumes.

Le cas GBH, « accusé de double discours »

Christophe Girardier dénonce aussi le décalage entre le discours public des enseignes, qui clament soutenir la production locale, et la réalité des pratiques commerciales. Il affirme que des campagnes de communication en faveur des agriculteurs locaux sont en réalité… « financées par ces mêmes producteurs via les fameuses marges arrière ».

« Comment peut-on prétendre soutenir les producteurs réunionnais tout en leur faisant payer les campagnes censées les promouvoir ? », s’est-il indigné, appelant les services de l’État à diligenter des enquêtes et à faire appliquer la loi.

Des propositions sur la table

Face à cette situation, le président de Bolonyocte a formulé plusieurs propositions destinées à figurer dans la prochaine loi contre la vie chère, annoncée par le ministre des Outre-mer, Manuel Valls. Parmi elles : la création d’une Autorité de la concurrence spécifique aux Outre-mer, et l’interdiction pour un seul acteur de dépasser les 25 % de parts de marché dans la grande distribution locale.

Monsieur Girardier appelle aussi à mettre fin à ce qu’il qualifie de « modèle de l’économie comptoir », qui, selon lui, continue de structurer les économies ultramarines au détriment des consommateurs.

À voir : l’interview sans filtre de Christophe Girardier

Karoline Chérie a pu s’entretenir avec Christophe Girardier à l’issue de la conférence. Il y revient en détail sur ses constats et ses propositions pour La Réunion.

La vidéo est à retrouver ici :

Les vrais enjeux de la loi contre la vie chère annoncée par Manuel Valls, quelles mesures devrait-elle intégrer pour atteindre ses objectifs

«Un plan de bataille complet et structurel qui s’attaque méthodiquement à tous les facteurs expliquant la cherté de la vie»

Les enjeux de la lutte contre la vie chère en outre-mer et à La Reunion :

« Ne pas rester sur l’écume des vagues » , non, le facteur de l’éloignement des territoires d’outre-mer, n’est pas le facteur principal, c’est bien le modèle économique qui y est en place et ses effets concentrateurs et inflationnistes qui est le déterminant majeur

L’éloignement des territoires d’outre-mer, les frais d’approches qui en résultent et l’octroi de mer, considérés par la plupart des acteurs, comme la cause principale de la vie chère, ne sont pas de loin les facteurs déterminants, en moyenne les frais d’approche représente de 7 à 10% du prix d’un produit de grande consommation. Et si la loi ne se limitait à agir sur ces causes, elle resterait sur l’écume des vagues.

Le facteur déterminant de la vie chère en outre-mer est en réalité le modèle économique et social qui prévaut dans ces territoires, qui n’a jamais rompu avec les principes de « l’économie de comptoir », où prévalent des situations de domination extrême des territoires, par quelques acteurs à structure conglomérale.

Les déterminants majeurs de la vie chère sont à rechercher dans les réalités structurelles de ces territoires d’outre-mer:

 La France a laissé se répliquer en Outre-mer le modèle de développement de la métropole, ce modèle dont les effets ont déstabilisé l’équilibre économique, social et même environnemental de ces territoires en ce qu’il n’ont pas créé suffisamment de valeur pour les populations locales. Il n’a jamais été adapté à leurs nombreuses spécificités en particulier pour ceux insulaires ;
 Un des marqueurs les plus structurant de ce modèle, le secteur de la distribution avec le développement excessif des grandes surfaces, concentrateur par essence, qui a sinistré le tissu majeur du commerce de proximité et tout son écosystème de production local fondée sur des petites ou micro-exploitations ;
 Autre marqueur, le modèle économique des grandes surfaces fondé notamment sur le principe des marges arrières excessives, qui par ses effets inflationnistes, est une des causes majeures et structurelles de la vie chère ;
 L’hyper-concentration des marchés du secteur de la distribution et de la grande consommation, et façon générale de la plupart des marchés structurant l’économie : l’énergie, les transports, la distribution, le BTP, et même la production agricole ;
 La constitution de véritables conglomérats, au pouvoir de marché décuplé leur permettant d’exercer une quasi domination de l’économie des territoires au détriment des autres acteurs, de leurs équilibres économiques, comme de leur attractivité.

Ce que révèle les comptes sociaux du groupe GBH récemment publiés par injonction judiciaire sur les réalités du marché de la distribution à La
Réunion : Le groupe GBH est l’un des principaux contributeurs à la vie chère dans les territoires d’Outre Mer (notamment à La Réunion), par une pratique de marge très élevée au regard de celles du secteur, et du fait d’un pouvoir de marché dominant sur le marché de la grande consommation que le rachat de Vindémia en 2020 à décuplé.

 Avec un Chiffre d’affaires consolidé de près de 5 Milliards d’€ en 2023, dont 2 Milliards réalisés uniquement à La Réunion, 800 Millions à La Martinique et 750 Million à La Guadeloupe, GBH réalise une performance très singulièrement élevée, avec une marge commerciale de 1,7 Milliard d’€, soit 35% du chiffre d’affaires, là ou le taux de marge du secteur de la distribution est de 20% (selon l’INSEE),
 Le bénéfice net part du groupe ressort quant à lui à 227 Millions d’€, soit 4,6 % du Chiffre d’affaires là ou il est de l’ordre de 1,5 à 2% dans le secteur ( le groupe Carrefour est à 1,8), GBH réalise ainsi près de deux à trois fois plus de bénéfice rapporté à son CA que les groupes de même profil.
 La Holding du groupe GBH (contrôlant près de 300 sociétés filialisées) à elle seule, a réalisé en 2023 un chiffre d’affaire de 90 Millions €, et un bénéfice net de 139 Millions d’€.Aves des capitaux propres à hauteur de 924 Millions d’€, elle dispose d’une réserve de 900 Millions d’€ (bénéfices accumulés à date).Ses actionnaires (Bernard, Stéphane et Rodolphe Hayot), se sont distribués ensemble des dividendes à hauteur de 8 Millions d’€ en 2023, et 19 Millions en 2022
 A fin 2022 GBH (Carrefour) se trouve bien en position dominante avec une part de marché en chiffre d’affaires de 37 à 40 %
 Cette montée en puissance du groupe GBH, s’est bien accompagnée de la formation d’un duopole avec Leclerc, enseigne qui atteint elle une part de marché d’environ 29%, soit de 7 à 10 points inférieure à celle de GBH . Ce duopole effectif totalise à lui seul les 2/3 du marché
 L’opération de rachat de Vindémia par GBH, a conduit objectivement à un renforcement très significatif du niveau de concentration du marché, clairement défavorable au pluralisme concurrentiel.

A la lumière d’une analyse objective des comptes consolidés du groupe GBH, non seulement celui-ci se trouve bien en situation de domination de l’économie de la plupart des territoires d’outre mer  notamment à La Réunion, ou il totalise près de 45% des dépenses de consommation courante des ménages (alimentaires, équipement de la maison et de la personne, sport, bricolage, voiture, …), à La Martinique, en Guyane et à Mayotte, mais ses comptes montrent clairement une pratique de marges très supérieures à celles observées dans le secteur de la distribution. Une pratique rendue possible par son pouvoir de marché, lequel à été décuplé par les effets de l’opération de rachat de Vindemia, lui aussi
considérable et dominant au regard de celui de ses concurrents mais aussi de ses fournisseurs.

Les résultats financiers du groupe GBH établissent donc par eux-mêmes que cet acteur est l’un des principaux contributeur à la vie chère en Outre Mer, par sa domination excessive de l’économie des territoire ou il est implanté et son exercice tout aussi excessif du modèle économique de la grande distribution et notamment de ses marges, en particulier les marges arrières.

C’est précisément sur ce risque de domination excessive qu’alertait le rapport de Bolonyocte de 2020,  rendu à l’OPMR de La Réunion avant l’opération de rachat de Vindemia. Au vu des résultats financiers très favorables du groupe GBH au regard de ceux observés pour des acteurs de même profil, on peut légitimement s’interroger sur la régularité de la décision de l’Autorité de la concurrence qui a autorisé cette opération de concentration, mais aussi sur le caractère excessif, et même abusif de l’exercice par le groupe GBH de sa position dominante sur un bon nombre de territoires d’Outre-mer.

Bolonycote a pu établir une illustration édifiante de l’exercice abusif par le groupe GBH de sa position dominante, par sa propension à imposer des marges arrières de 10% à des acteurs de la production agricole locale, non seulement pour augmenter ses marges, mais aussi pour financer
ses campagnes TV de promotion de son soutien à la production locale, et alors même que ces marges sont rigoureusement illégales au titre de La loi n° 2010-874 du 27 juillet 2010 de modernisation de l’agriculture et de la pêche (LMAP),  L’impérieuse nécessité d’une réforme profonde du cadre de loi pour démanteler, lutter contre les situations de concentration des marchés et établir un nouvel ordre économique favorisant le pluralisme concurentiel le premier levier de lutte contre la vie chère

Comme l’avait pourtant annoncé le premier rapport de Bolonyocte rendu à l’OPMR en juin 2020, deux années après son exécution, le rachat de de Vindemia, pour mémoire une opération de concentration autorisée par l’Autorité de la Concurrence, a permis une montée en puissance du groupe GBH inédite dans un département d’Outre-mer.

Ainsi, GBH a pu porter son chiffre d’affaires global à La Réunion à environ 2 milliard d’euros, représentant environ 45 % des dépenses de consommation courantes des ménages réunionnais.

Outre ce renforcement très significatif de l’emprise de GBH sur l’économie réunionnaise, cette opération a favorisé une concentration accrue du marché aval de la distribution généraliste par l’émergence d’un duopole Carrefour- Leclerc, totalisant les 2/3 du marché, solide et durable dont l’emprise pourrait s’accroitre davantage et devenir irréversible.

Cette concentration d’une ampleur majeure, s’est traduite par un bouleversement et un déséquilibre durable de l’économie réunionnaise . On peut ainsi affirmer qu’elle est ainsi symptomatique des limites d’un modèle économique en vigueur à la Réunion, qui n’a en réalité jamais rompu avec les principes de l’économie comptoir, où prévalent des situations de domination extrême des territoires, par quelques acteurs à structure conglomérale.

Elle marque une prise de conscience collective des pouvoirs publics et des parlementaires, de l’urgence absolue de mettre fin à ce modèle économique phagocytaire et les conduit à réformer profondément le cadre réglementaire de l’organisation de l’économie des territoires d’Outre-mer insulaire et notamment  le du contrôle des concentrations dans ces mêmes territoires.

Quelles mesures devraient figurer dans la loi contre la vie chère annoncée par le ministre Manuel Valls, pour véritablement atteindre ses
objectifs : «Un plan de bataille complet et structurel qui s’attaque méthodiquement à tous les facteurs expliquant la cherté de la vie» : La création d’une Autorité de la concurrence Outre-Mer, une section spécialisée de l’actuelle Autorité de la Concurrence avec des pouvoirs propres
Cette section spéciale outre-mer de l’autorité de la concurrence serait dotée de pouvoirs spécifiques, notamment la régulation des pratiques concurrentielles (ententes et positions dominantes) mais également des pratiques restrictives de concurrence (loyauté de la négociation commerciale).Cette section serait présidée par un président et des membres désigné par chaque territoire d’outre-mer.

L’obligation de transparence des comptes annuels de tous les acteurs, sous peine de sanctions fortement dissuasives

Cette obligation serait imposée aux groupes de distribution dominants, qui serait contraints de déposer chaque année auprès de l’ Autorité de la concurrence Outre-Mer, les comptes individuels et les comptes consolidés de toutes les filiales qu’elles contrôlent.

Ainsi, GBH a pu porter son chiffre d’affaires global à La Réunion à environ 2 milliard d’euros, représentant environ 45 % des dépenses de consommation courantes des ménages réunionnais.

Outre ce renforcement très significatif de l’emprise de GBH sur l’économie réunionnaise, cette opération a favorisé une concentration accrue du marché aval de la distribution généraliste par l’émergence d’un duopole Carrefour- Leclerc, totalisant les 2/3 du marché, solide et durable dont l’emprise pourrait s’accroitre davantage et devenir irréversible.

Cette concentration d’une ampleur majeure, s’est traduite par un bouleversement et un déséquilibre  durable de l’économie réunionnaise . On peut ainsi affirmer qu’elle est ainsi symptomatique des limites d’un modèle économique en vigueur à la Réunion, qui n’a en réalité jamais rompu avec les principes de l’économie comptoir, où prévalent des situations de domination extrême des territoires, par quelques acteurs à structure conglomérale.

Elle marque une prise de conscience collective des pouvoirs publics et des parlementaires, de l’urgence absolue de mettre fin à ce modèle économique phagocytaire et les conduit à réformer profondément le cadre réglementaire de l’organisation de l’économie des territoires d’Outre-mer insulaire et notamment le du contrôle des concentrations dans ces mêmes territoires.

Quelles mesures devraient figurer dans la loi contre la vie chère annoncée par le ministre Manuel Valls, pour véritablement atteindre ses
objectifs : «Un plan de bataille complet et structurel qui s’attaque méthodiquement à tous les facteurs expliquant la cherté de la vie» : La création d’une Autorité de la concurrence Outre-Mer, une section spécialisée de l’actuelle Autorité de la Concurrence avec des pouvoirs propres

Cette section spéciale outre-mer de l’autorité de la concurrence serait dotée de pouvoirs spécifiques, notamment la régulation des pratiques concurrentielles (ententes et positions dominantes) mais également des pratiques restrictives de concurrence (loyauté de la négociation commerciale).Cette section serait présidée par un président et des membres désigné par chaque territoire d’outre-mer.

L’obligation de transparence des comptes annuels de tous les acteurs, sous peine de sanctions fortement dissuasives

Cette obligation serait imposée aux groupes de distribution dominants, qui serait contraints de déposer chaque année auprès de l’ Autorité de la concurrence Outre-Mer, les comptes individuels et les comptes consolidés de toutes les filiales qu’elles contrôlent.

3 Commentaires

  1. Monsieur Christophe Girardier , Je souhaite que vous plaider auprès du ministre du budget et de l’ économie, auprès du ministre DOM TOM, concernant votre rapport sur la vie chère à la Réunion. les reunionnais ont besoins de votre élégance, et les valeurs que vous portez et les tacles que vous avez démontrer lors de votre conférence de presse , aux divers groupes, que vous considerez , piller le porte monnaie des citoyens d’ outre mer. Et aussi éviter, toute manigance électoraliste à l’ approche des élections 2036 et 2027 . Les français d’ outre mer comprendrons mal que vôtre démarche arrête là après une conférence de presse. Si , c’est ainsi, l’ état doit demander un service de douane de qualité et en quantité. Mettre fin à cette politique commerciale de matraquage et trouver à qui en profite. Respectueusement à vous

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