Ils ne sont ni députés, ni experts, mais leur parole est essentielle. En septembre 2024, la CIIVISE (Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants) a créé le groupe miroir : 14 jeunes venus de toute la France, réunis pour penser, proposer et porter des solutions face à un fléau qui touche 160 000 enfants chaque année. Huit mois de travail, de visios, de débats et de réflexions ont abouti à un rapport de 23 recommandations, remis au gouvernement en juillet 2025. Parmi eux, Prune, jeune réunionnaise engagée, raconte une aventure humaine et politique hors du commun.
Prune, engagée dans l’association Mon p’tit Loup, a répondu à l’appel sans imaginer être sélectionnée. « Ce combat concerne tout le monde, tous les milieux, partout, tout le temps », affirme-t-elle. Pendant huit mois, les jeunes ont travaillé en visio avec des experts, avant de remettre leur rapport de 23 recommandations au gouvernement et à l’Assemblée Nationale en juillet 2025. Un travail intense, porté par une volonté commune : faire entendre la voix des jeunes, trop souvent absente des débats politiques.
« Parler de ce sujet lie »
Les membres du groupe miroir se sont rencontrés physiquement à Paris en janvier 2025. Très vite, des liens forts se sont tissés. Ensemble, ils ont abordé des thématiques sensibles : pair-aidance, dangers du numérique, rapport entre jeunes victimes et adultes. Lors de la présentation du rapport aux ministres Clara Chappaz (numérique et IA) et Sarah El Haïry (enfance), les jeunes ont été écoutés avec attention.
« J’avais peur de ne pas être à la hauteur, mais les adultes attendaient notre parole. Ils avaient besoin de notre réalité. »
Certaines propositions, comme le permis de pair-aidance ou le tutoriel numérique, ont été saluées et largement relayées sur les réseaux sociaux. Prune reste lucide : « Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Maintenant, c’est aux politiques d’agir. »
![]()
Un combat qui continue, porté par l’art et la conviction
Pour Prune, cette expérience n’est pas une fin, mais un début. Elle poursuit son engagement à La Réunion, département particulièrement touché par les violences intra-familiales. Elle intervient dans les établissements scolaires et développe des projets artistiques, notamment autour de la musique, pour sensibiliser les jeunes.
« L’art permet de libérer la parole », explique-t-elle. Son message est clair : les adultes doivent intégrer les jeunes dans les décisions qui les concernent. « Ils ont énormément à apprendre de nous. »
À ceux qui hésitent à s’engager, elle lance un appel : « Cette expérience m’a fait grandir. Si vous avez une cause qui vous touche, foncez. »
Et maintenant, construire l’avenir
Le travail du groupe miroir ne s’arrête pas à la remise d’un rapport. Il ouvre une voie, celle d’une société qui écoute ses jeunes, qui reconnaît leurs expertises, leurs blessures et leurs espoirs. Prune et ses camarades ont montré qu’il est possible de penser autrement, d’agir collectivement et de faire bouger les lignes. Leur engagement est une promesse : celle d’une génération qui refuse le silence, qui réclame justice, et qui veut bâtir un monde plus sûr pour les enfants.
Ce combat est loin d’être terminé, mais il est déjà porteur d’un élan nouveau. Partout en France, d’autres jeunes s’engagent, prennent la parole, créent, sensibilisent. Et si l’avenir de la lutte contre les violences sexuelles se dessinait justement à travers eux ? À travers leur courage, leur créativité, leur détermination. Ce n’est pas seulement un rapport qu’ils ont remis : c’est une invitation à écouter, à agir, à espérer.
Et si elle devait résumer cette aventure en un mot : bienveillance. Une bienveillance urgente, nécessaire, et porteuse d’un changement profond.
![]()


