Fonctionnaires : l’arme budgétaire de Bercy ? Le spectre du rabot ressurgit

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L’ombre du rabot plane de nouveau sur les effectifs de la fonction publique. Deux ministres clés, Amélie de Montchalin et Éric Lombard, ont jeté un pavé dans la mare en remettant sur la table la question d’une réduction des postes de fonctionnaires. Dans un contexte de recherche d’économies massives, leurs propos ont immédiatement fait réagir.

Amélie de Montchalin a ouvert le bal dans une interview au Journal du Dimanche, en dénonçant une trajectoire budgétaire jugée insatisfaisante et en confirmant son souhait d’« inverser la courbe » des embauches dans la fonction publique. Elle annonce un passage au crible des besoins de recrutement et des revalorisations salariales, ministère par ministère.

Le lendemain, Éric Lombard enfonce le clou sur France Inter, affirmant sans détour qu’une baisse du nombre de fonctionnaires est dans les tuyaux. Aucun chiffre, mais un message limpide : la fonction publique est dans le viseur de Bercy.

Du côté du ministère de la Fonction publique, Laurent Marcangeli temporise. Son entourage rappelle que « rien n’a été confirmé par le Premier ministre ». Autrement dit, à ce stade, ces prises de position sont perçues comme des signaux d’intention, non comme des décisions arrêtées.

Même le cabinet d’Amélie de Montchalin insiste : aucun arbitrage n’a encore été tranché par l’exécutif. Et à en croire certaines sources, le ministère de la Fonction publique n’aurait même pas été informé en amont des déclarations de ses collègues de Bercy, mettant en lumière des tensions internes sur la ligne à adopter.

Ce genre d’annonce n’est pas inédit. Depuis le début du quinquennat Macron, les promesses de réduction d’effectifs se sont souvent heurtées aux réalités sociales et aux crises successives. Résultat : malgré des ambitions chiffrées (jusqu’à 120 000 suppressions promises en 2017), les effectifs ont en réalité progressé de 178 000 agents entre 2017 et 2022.

Pour autant, plusieurs voix au sein de la majorité et de l’opposition de droite estiment que cette fois, la coupe budgétaire pourrait bien être engagée. « L’arbitrage ira dans ce sens », glisse une source gouvernementale. Claude Nougein, sénateur LR et spécialiste des finances publiques, plaide pour une réduction « mesurée mais indispensable », ciblant notamment les agences de l’État et les fonctions administratives dans l’Éducation nationale et l’hôpital.

À l’opposé, les sénateurs socialistes, écologistes et communistes s’alarment d’une stratégie dictée par la seule logique comptable. Thomas Dossus (Les Écologistes) fustige une « mythologie de l’administration pléthorique » et rappelle les effets catastrophiques, selon lui, des coupes passées dans la santé ou l’éducation. Son collègue socialiste Thierry Cozic accuse le gouvernement de lancer des « ballons d’essai » pour tester l’opinion publique sans proposer d’alternatives fiscales.

Alors que les arbitrages définitifs sont attendus pour la mi-juillet, l’ensemble de la gauche sénatoriale prépare déjà sa riposte, avec la constitution d’un « intergroupe » pour proposer une autre trajectoire budgétaire, plus axée sur les recettes fiscales que sur les coupes dans les dépenses publiques. La proposition de loi Zucman sur la taxation des ultra-riches, portée conjointement par les groupes PS, écologiste et communiste, illustre cette contre-offensive.

Le débat est donc lancé. Mais derrière les discours, c’est toute la conception de l’État et de son rôle dans la société qui est aujourd’hui en jeu. Baisser les effectifs, oui, mais à quel prix social et avec quelle efficacité réelle ? À l’heure où les services publics sont de plus en plus sollicités, la question reste plus brûlante que jamais.

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