« Dès mon arrivée, je me suis retrouvé littéralement envoûté par les couleurs éclatantes, les parfums puissants du camphre et des encens, et cette atmosphère profondément spirituelle. Une atmosphère de recueillement, mais aussi de famille. On ressent ici, de manière presque palpable, la foi, la croyance, et ce lien fort et authentique entre les générations. Un esprit de communauté rare, intense, qui vous touche même si vous n’êtes que simple visiteur.
Une chapelle familiale chargée d’histoire
La Chapelle la Misère n’est pas un lieu de culte comme les autres. Fondée en 1968 par Daniel Singaïny, prêtre hindouiste originaire de Saint-Paul, elle est née de la volonté de préserver les rituels tamouls transmis par les anciens. Construite sur les terres d’un ancien camp d’esclaves et d’engagés, cette chapelle familiale a grandi avec les années. D’abord modeste, elle s’est développée grâce à l’engagement des familles, notamment celle des Singaïny, qui en assurent toujours la gestion aujourd’hui.
Symbole vivant de transmission et de résilience, elle accueille chaque année des centaines de fidèles venus honorer Mariammen dans le respect des traditions indiennes.
Une fête marquée par la spiritualité
La Fête Mariamen est un événement phare du calendrier religieux tamoul à La Réunion. Dédiée à la déesse Mariamman — protectrice contre les maladies, mère nourricière et dispensatrice de pluie — cette célébration remonte aux premiers engagés indiens arrivés sur l’île au XIXe siècle.
À la Chapelle la Misère, la fête est profondément ancrée dans la vie locale. Les chants sacrés, les prières en tamoul, les offrandes, les cocotiers décorés, les drapeaux colorés, tout évoque le lien indéfectible entre tradition et modernité, entre terre d’origine et terre d’adoption.
Des rituels forts, une ferveur intacte
Toute la journée, les préparatifs s’enchaînent dans une grande ferveur : jeûne, méditation, marche pieds nus des pénitents, prières… Environ 500 fidèles réunis, parfois percés d’aiguilles ou portant le cavadee, avancent avec dignité, dans un silence respectueux ou accompagnés de percussions traditionnelles.
Un moment fort de la fête, très attendu mais pas encore réalisé au moment de notre passage, est la célèbre marche sur les couteaux. Ce rituel impressionnant incarne une foi profonde et une volonté de purification. Il témoigne aussi de la puissance spirituelle que représente Mariamen pour les pratiquants.
Un moment de partage et de mémoire
Au-delà du culte, la Fête Mariamen est aussi un moment de convivialité. Familles, voisins et visiteurs se retrouvent pour partager un repas traditionnel végétarien préparé avec soin. Les anciens racontent, les plus jeunes observent et apprennent, les rires se mêlent aux prières.
La Chapelle la Misère n’est pas seulement un lieu de culte : c’est une mémoire vivante, un espace de transmission et de rassemblement où s’expriment foi, histoire et identité réunionnaise. »









