Les frappes aériennes menées par les États-Unis contre les sites nucléaires stratégiques iraniens ont provoqué une onde de choc dans le monde arabe. Dimanche, plusieurs États de la région ont exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils perçoivent comme une escalade aux répercussions potentiellement catastrophiques. Si Washington a précisé ne pas être en guerre contre l’Iran mais contre son programme nucléaire, les pays voisins, directement exposés aux retombées d’un conflit élargi, s’alarment de la situation.
L’Arabie saoudite, qui avait renoué des liens diplomatiques avec Téhéran en 2023, a déclaré suivre les événements avec une « grande inquiétude », appelant toutes les parties à la retenue. Les monarchies pétrolières du Golfe, qui abritent pour plusieurs d’entre elles des installations militaires américaines, redoutent que leur position d’alliées stratégiques de Washington ne fasse d’elles des cibles potentielles. Le Qatar, hôte de la plus grande base militaire américaine de la région, Al-Udeid, a mis en garde contre une « escalade dangereuse » pouvant provoquer un basculement géopolitique régional et international. Oman, habitué à jouer les médiateurs dans les dossiers sensibles, et les Émirats arabes unis ont eux aussi réclamé un retour immédiat à la désescalade et à la voie diplomatique.
Lors d’une session d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Russie a fustigé les frappes américaines et israéliennes, qualifiant ces actions de dangereuses et non provoquées. L’ambassadeur russe auprès de l’ONU, Vassily Nebenzia, a accusé Washington d’avoir lancé des attaques coordonnées sur les installations nucléaires iraniennes de Fordo, Natanz et Ispahan, toutes sous contrôle de l’AIEA. Selon lui, ces frappes démontrent le mépris de l’administration américaine envers la volonté de la communauté internationale. Il a dénoncé un comportement irresponsable, prêt à risquer la sécurité mondiale pour des intérêts bilatéraux avec Israël, et critiqué l’hypocrisie de certains États occidentaux appelant l’Iran à la retenue tout en justifiant les actions offensives.
En France, le président Emmanuel Macron a appelé à éviter toute escalade incontrôlée au Moyen-Orient, rappelant qu’aucune réponse strictement militaire ne pouvait permettre de résoudre les tensions actuelles. Lors d’un nouveau Conseil de défense, il a exhorté les autorités iraniennes à faire preuve de modération afin de relancer un processus diplomatique. Dans le même temps, la France a activé une opération d’évacuation de ses ressortissants volontaires depuis l’aéroport Ben Gourion en Israël vers Chypre, à l’aide d’avions militaires A400M, sous réserve d’autorisation israélienne.
À Téhéran, la riposte se dessine également sur le terrain stratégique. Le Parlement iranien a approuvé la possibilité de fermer le détroit d’Ormuz, un axe maritime crucial par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial. Cette décision, désormais entre les mains du Conseil suprême de sécurité nationale, pourrait avoir des conséquences majeures sur l’économie mondiale. Ce corridor de 55 kilomètres relie le golfe Persique à l’océan Indien et constitue un passage vital pour les exportations énergétiques des grandes puissances pétrolières de la région, telles que le Koweït, l’Irak, le Qatar et les Émirats arabes unis. Près de 70 % du pétrole qui y circule est destiné aux pays asiatiques, notamment la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. Or, 90 % des exportations de brut iranien transitent aussi par ce point, ce qui fait de sa fermeture une arme à double tranchant.
Les conséquences économiques ne se sont pas fait attendre. Dans la nuit de dimanche à lundi, les prix du pétrole ont bondi jusqu’à 6 %, portés par la crainte d’un blocus du détroit d’Ormuz. Le baril de Brent a franchi les 81 dollars, son plus haut niveau depuis janvier, signe d’une nervosité accrue sur les marchés. Les analystes estiment qu’une fermeture effective de ce passage provoquerait une onde de choc sur l’approvisionnement mondial en énergie, affectant gravement les économies dépendantes du pétrole et du gaz.
Alors que les tensions montent, la communauté internationale se retrouve face à un dilemme stratégique. D’un côté, la nécessité d’empêcher la prolifération nucléaire dans une région déjà instable, de l’autre, le risque d’une déflagration régionale aux répercussions mondiales. Entre menaces de représailles, envolée des cours du pétrole, et mise en péril des équilibres diplomatiques, le Moyen-Orient vit une séquence critique dont les effets pourraient se faire sentir bien au-delà de ses frontières.


